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Seniors, femmes enceintes et enfants : quelle alimentation privilégier ?
Les nourrissons, les enfants et adolescents, les femmes enceintes et allaitantes, les femmes ménopausées et les seniors présentent des spécificités physiologiques qui justifient une alimentation adaptée. L’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) propose des repères alimentaires adaptés à ces populations dans le cadre du Programme national nutrition santé (PNNS). Suivez le guide !
Chez le nourrisson, quelles sont les étapes de la diversification alimentaire ?
L’alimentation des nouveau-nés et des tout-petits comprend différentes étapes de transition :
- une alimentation ombilicale qui passe à une alimentation orale à base uniquement de lait ;
- l’introduction d’aliments variés et notamment solides (1re phase de diversification) ;
- le passage aux aliments de la table familiale (2e phase de diversification)(1).
Dans son avis sur les enfants de 0 à 3 ans, l’Anses précise les pratiques de diversification permettant de favoriser l’acceptation de nouveaux aliments avec :
- en premier lieu, la recommandation d’un début de la diversification entre les 4 mois révolus de l’enfant et ses 6 mois (mais pas après) ;
- l’offre d’un maximum d’aliments variés entre 5 et 18 mois, fenêtre favorable d’acceptation de nouveaux aliments ;
- l’introduction d’aliments de texture non lisse à partir de 8 mois et avant 10 mois.
De plus, l’agence réitère des conseils bien connus comme la présentation répétée d’un aliment initialement refusé et l’importance accordée au moment des repas. Par ailleurs, elle souligne que de nombreux produits ciblant les jeunes enfants peuvent contribuer à leur apporter des quantités excessives de sucres totaux.
Chez l'enfant, comment limiter la consommation de sucre ?
Une consommation de sucre en hausse chez les 4-17 ans
L’alerte de l’Anses cible en particulier les deux âges extrêmes de la vie où progressent "deux comportements inquiétants". Il s’agit pour les plus jeunes (4-17 ans) de la consommation croissante de sucre, sous toutes ses formes(2). En effet, 75 % des 4-7 ans, 60 % des 8-12 ans et 25 % des 13-17 ans consomment du sucre en excès (sucres totaux hors galactose et lactose). Devant ce constat alarmant chez les enfants de 4 à 17 ans, l’Anses édicte des règles pour inverser la tendance, fondées sur les dernières références nutritionnelles françaises et européennes (Anses 2016, Efsa 2017).
En effet, chaque portion supplémentaire de 350 ml par jour de boissons sucrées pendant un an provoquerait une augmentation moyenne de l’IMC (indice de masse corporelle) de 0,07 kg par m2, du diabète de type 2 et des problèmes bucco-dentaires.
Quels aliments limiter pour consommer moins de sucre ?
- limiter les boissons sucrées et les pâtisseries, biscuits et gâteaux, céréales, bonbons, jugés "trop fréquents, en particulier au goûter".
- La consommation de boissons sucrées de type soda doit rester occasionnelle, tandis que les jus de fruits sont limités à un verre par jour, au cours d’un repas (et dans ce cas, le verre compte comme une portion de fruits).
Pour remplacer ces aliments riches en sucre et d’intérêt nutritionnel limité (peu de vitamines et de nutriments), rien de plus simple : des produits laitiers sans sucre ajouté ou d’autres aliments riches en calcium ainsi que des fruits frais (non transformés) et des fruits à coque.
Comment remplacer ces aliments riches en sucre ?
Pour remplacer ces aliments pauvres en vitamines et nutriments, rien de plus simple ! Vous pouvez privilégier les produits laitiers sans sucre ajouté, les aliments riches en calcium, les fruits frais (non transformés), les fruits à coque.
L'importance du "fait-maison"
L’agence insiste sur le "fait-maison". Les préparations culinaires cuisinées reviennent en force, permettant de "mieux prendre conscience des apports en sucres et de les contrôler" et de tenir à l’écart les "sucres ajoutés" présents dans de nombreux produits transformés.
A ce propos, si de nouvelles et vastes études parues fin mai 2019, dont une française à partir de la cohorte NutriNet-Santé, ne permettent pas de démontrer un lien direct de cause à effet, elles renforcent les arguments de travaux précédents liant les plats hautement transformés à un risque accru d’obésité, d'hypertension artérielle, voire de cancers.
Bien s’alimenter étant un tout, les conditions de la prise alimentaire sont essentielles pour favoriser une alimentation saine. C’est pourquoi, "les sources de distraction qui détournent l'enfant de son assiette, comme la télévision, les portables ou les tablettes dans les mains des parents voire du tout-petit lui-même, sont à exclure".
Chez les seniors, réduire la sédentarité et favoriser une alimentation équilibrée
L'Anses, enjoint les seniors à bouger plus(3), pour se protéger contre "les maladies associées au vieillissement" telles "un grand nombre de maladies non transmissibles et, plus spécifiquement, contre les effets physiopathologiques du vieillissement tels que la sarcopénie, l’ostéoporose et le déclin cognitif".
Elle conseille non seulement de pratiquer une activité physique régulière et, lorsque la diminution de la sédentarité est difficilement compatible avec l’état de santé ou les possibilités pratiques, de réduire ou de limiter l’apport énergétique par rapport à celui des autres tranches d’âge adultes. Il est alors recommandé de diminuer légèrement les portions pour certains aliments à l’exception des fruits, légumes, poissons, mollusques, crustacés et féculents complets afin de couvrir les besoins nutritionnels.
Produits laitiers, fruits et légumes et poissons pour les femmes enceintes ou allaitantes
Concernant les femmes enceintes ou allaitantes, l’Anses met en avant "des groupes d’aliments présentant des bénéfices spécifiques pour la santé de la mère et de l’enfant pendant la grossesse ou l’allaitement maternel, à savoir les produits laitiers, fruits et légumes et poissons"(4).
Consommer ces aliments permet également de couvrir les besoins en certains nutriments indispensables pour ces populations tels que le fer, l’iode, la vitamine B9, c’est-à-dire l’acide folique, et, uniquement pour les femmes allaitantes, les vitamines A et C.
Les femmes en âge de procréer sont incitées à veiller à leur équilibre alimentaire "sans attendre d’être enceintes afin d’assurer dès la conception un statut nutritionnel satisfaisant et compatible avec les besoins du fœtus et de la mère."
(3) Avis de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail relatif à l’actualisation des repères alimentaires du PNNS pour les femmes dès la
ménopause et les hommes de plus de 65 ans
Le jeûne thérapeutique, bénéfique ou risqué ?
Au-delà d’être un moyen de se « purifier », le jeûne, qu’il soit strict ou intermittent, s’impose dans le grand public peu à peu comme un moyen de se soigner. Mais que dit la Science ? Le jeûne, quels bénéfices ? Il existe différents types de jeûne. L’on peut se priver de nourriture de façon complète lorsque seule l’eau est autorisée, partiellement (certains aliments, nutriments ou boissons sont permis) ou de façon intermittente. Dans ce cas, une alimentation normale est entrecoupée de périodes de jeûne. Les motivations pour jeûner sont diverses. Certains recherchent la sensation de maîtrise de leur corps, de bien-être et d’euphorie. Via la production accrue de corps cétoniques, le jeûne entraîne une stimulation intellectuelle, une impression de dynamisme. C’est une régulation physiologique habituelle d’adaptation à la famine, qui ne dure que quelques jours. Le jeûne agirait aussi comme un anti-inflammatoire en produisant un surplus de BHB (β-hydroxybutyrate), un corps cétogène. D’où son intérêt –encore à démontrer- pour bloquer une partie du système immunitaire impliqué dans plusieurs désordres inflammatoires. Quant au jeûne pour perdre du poids, après un excès alimentaire, il doit être ponctuel et court. Sinon, en réduisant drastiquement les apports énergétiques par rapport au métabolisme de base du fait de la fonte musculaire favorise en premier lieu un stockage adipeux (de lipides) lors de la reprise de l’alimentation. Dr Bruno Raynard, responsable de l’Unité transversale de diététique et de nutrition de l’Institut Gustave Roussy (Villejuif) et coordinateur du rapport d’expertise collective « Jeûne, régimes restrictifs et cancer » du réseau NACRe (Inserm) fin 2017 : « Supprimer tout apport alimentaire va, de façon logique et transitoire par la perte de poids, améliorer une hypertension artérielle, un diabète. Dans des maladies inflammatoires intestinales (MICI), la mise au repos du tractus digestif peut être utile en réduisant les troubles digestifs à type de diarrhée ou de douleurs abdominales. Certains patients rapportent leur ressenti telle une amélioration de leurs rhumatismes, de leurs problèmes cutanés, de leurs migraines etc. A titre individuel, la thérapeutique « jeûne » pourrait bénéficier à certains patients, dans le cadre de maladies rhumatismales, de diabète ou d’autres problèmes infectieux etc. c’est-à-dire avec une amélioration plus importante ou plus rapide de certains paramètres, ou encore le fait de diminuer les doses voire de se passer d’un médicament. Néanmoins, le jeûne n’est pas une méthode thérapeutique car soutenue par aucune étude scientifique valable ». Faut-il jeûner contre le cancer ? L’engouement pour le jeûne est grandissant dans le cancer. 8% des patients avant ou pendant le traitement du cancer suivent un régime de restriction ou un jeûne. En mettant les points sur les i, la conclusion du rapport d’expertise collective « Jeûne, régimes restrictifs et cancer » du réseau NACRe (Inserm) fin 2017 est sans appel : aucune preuve n’existe quant à l’effet -bénéfique ou délétère- du jeûne et des régimes restrictifs pendant la maladie cancéreuse, qu’il s’agisse d’un effet sur l’efficacité des anticancéreux ou sur le pronostic du cancer. A ce jour, aucune donnée expérimentale n’a été confirmée chez l’Homme. Chez la souris dans des études expérimentales, la restriction calorique freine la croissance des tumeurs, mais pas pour tous les types de cancers. Pr Christophe Moinard (Université de Grenoble et laboratoire de Bioénergétique Fondamentale et Appliquée, INSERM U 1055) : « A ce jour, il est impossible de relier la croissance des cellules cancéreuses avec le niveau d’apport en nutriments : jeuner n’affame pas les tumeurs ! Le concept est intéressant mais il reste à valider ». Attention car à l’inverse, la malnutrition et la perte de poids sont reconnues comme des facteurs majeurs de dégradation du pronostic des personnes cancéreuses. Il est prouvé que plus on perd de masse musculaire, moins on a de chance d’avoir un traitement efficace et non toxique. On entend aussi souvent que le jeûne permettrait d’atténuer les effets de la chimiothérapie. Là aussi, aucune étude scientifique ne permet de l’affirmer. Celles menées sur des cellules tumorales en milieu de culture privé de nutriments sont mitigées : ce qui vaut pour certains types de tumeur (mélanome) ne vaut pas pour d’autres (cancer du sein). Et chez la souris, à l’inverse, le jeûne juste avant une chimiothérapie réduit drastiquement l’espérance de vie (le type de cancer étudié est le neuroblastome, un cancer de l’enfant). Chez l’humain, les essais cliniques se comptent sur les doigts d’une main et sont, pour la plupart, contestables sur le plan de la méthodologie. L’un d’entre eux ne coupe pas à ces critiques mais reste instructif : chez des femmes ayant un cancer du sein ayant jeuné 24 h auparavant, la toxicité de la chimiothérapie semble moindre (évaluée au moyen du taux de globules rouges), mais les effets indésirables sont doublés. J’ai décidé de jeûner, que dois-je surveiller pour ne pas nuire à ma santé ? Nos cellules immunitaires (lymphocytes, macrophages etc.) nécessitent un apport régulier en nutriments. C’est pourquoi, l’efficacité de notre système immunitaire à nous défendre, par exemple contre les tumeurs, est largement dépendante de l’apport alimentaire. Or jeûner l’affaiblit. L’autre paramètre à prendre en compte lorsqu’on envisage le jeûne en cas de cancer est que ce dernier touche principalement la personne âgée (40% chez les plus de 75 ans), dont le système immunitaire met plus de temps - lorsqu’il y arrive- à se reconstituer. Le danger concerne les seniors mais aussi les personnes diabétiques sous traitement ; le risque de l’hypoglycémie d’une personne diabétique par défaut d’apport glucidique étant bien réel. Si une personne malade souhaite jeûner ou pratiquer une réduction glucido-calorique, elle doit avant tout ne pas écarter les thérapeutiques conventionnelles et en parler à son médecin généraliste ou à son oncologue en cas de cancer. Celui-ci devrait l’accompagner et mettre en place une surveillance adaptée et régulière, un contrat avec des limites fixées et discutées avec le patient comme par exemple des seuils en dessous desquels il ne faut pas descendre vis-à-vis de la force musculaire, du poids, de la masse musculaire etc. Certains marqueurs biologiques peuvent être utilisés à cette intention. Hélène Joubert, journaliste, depuis les Journées francophones de nutrition (JFN, Nantes, 13-15 décembre 2017) et d’après des entretiens avec le Dr Bruno Raynard, responsable de l’Unité transversale de diététique et de nutrition de l’Institut Gustave Roussy (Villejuif) et le Pr Christophe Moinard (Université de Grenoble et laboratoire de Bioénergétique Fondamentale et Appliquée, INSERM U 1055).
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