Produits ultra-transformés : des dégâts sur la santé !
La consommation d’aliments ultra-transformés, tels que le pain industriel, les plats cuisinés ou les sodas, augmente-t-elle les risques de décès ? C’est ce que suggère une nouvelle étude de l’Inserm. Décryptage avec Bernard Srour, l’un des auteurs de ces travaux parus en février dernier.
L’étau se resserre autour des produits ultra-transformés. Selon les résultats d’une récente étude conduite par des chercheurs de l’Inserm, une augmentation de 10 % de leur part dans l’alimentation serait associée à une hausse de 14 % de la mortalité1.
Les effets de leur consommation ont été étudiés sur 44 551 participants âgés de plus de 45 ans, pendant sept ans2. Au cours de cette période, 602 décès sont survenus, essentiellement par cancers et maladies cardio-vasculaires.
La suspicion se renforce donc, un an après une précédente étude de l’Inserm sur le lien de corrélation entre la consommation de ce type d’aliments et le sur-risque de cancers, en particulier du sein3.
« Cette nouvelle étude s’ajoute aux résultats déjà obtenus sur le lien de corrélation entre ces produits et le risque de maladies du métabolisme, comme l’obésité et l’hypertension, indique Bernard Srour, chercheur en épidémiologie nutritionnelle à l’Inserm et coauteur de l’étude. Et cette association a également été observée en ce qui concerne certains troubles digestifs fonctionnels, à l’instar du syndrome de l’intestin irritable. »
Additifs, cuisson, plastique
Or ces produits ultra-transformés ont envahi les rayons : pain industriel, barres chocolatées, céréales du petit-déjeuner, sodas, nuggets, soupes déshydratées, huiles hydrogénées, plats cuisinés congelés prêts à manger... Ils font désormais partie de notre quotidien. Jusqu’à nous rendre vraiment malades ?
Si aucune preuve de causalité n’a été établie, plusieurs hypothèses se font jour pour expliquer ces associations statistiques. « Outre la moindre qualité nutritionnelle de ces aliments, d’autres mécanismes pourraient intervenir, qui impliqueraient les additifs (conservateurs, colorants, édulcorants, émulsifiants...), les contaminants néoformés pendant la phase de préparation (chauffage) et les matériaux de contact (plastique). »
En novembre dernier, l’Inserm a lancé une recherche sur l’impact des additifs alimentaires sur la santé, seuls ou en associations. Cette nouvelle étude pourrait durer cinq ans.
Favoriser le fait maison
Dans l’immédiat, Bernard Srour conseille, au nom du principe de précaution, de « privilégier les produits frais et bruts ». Quant à l’argument du secteur agro-alimentaire selon lequel le principe de la cuisine, c’est la transformation des aliments, le chercheur le balaie d’un revers de main : « Quand on cuisine chez soi, on ajoute rarement de l’aspartame, du dioxyde de titane, des nitrites ou encore du plastique ».
Un bon repère : si vous ne comprenez pas à quoi se rapporte la moitié des ingrédients inscrits sur l’emballage d’un produit alimentaire, passez votre chemin.
1 L’étude a été publiée, le 11 février 2019, dans la revue de l’Association médicale américaine, Jama International Medicine. https://jamanetwork.com/journals/jamainternalmedicine/article-abstract/2723626
2 Il s’agit de la cohorte nationale NutriNet-Santé, dont l’objectif vise à étudier le lien entre nutrition et santé. Depuis son lancement en juin 2009, près de 279 000 personnes se sont inscrites. Pour participer, rendez-vous sur www.etude-nutrinet-sante.fr
3 www.bmj.com/content/360/bmj.k322
Nouvelles recommandations : plutôt des produits frais et bruts
Réduire les produits gras, sucrés, salés et ultra-transformés est l’une des recommandations de l’agence nationale Santé publique France sur l’alimentation, présentées le 22 janvier dernier dans le cadre du 4e Programme national nutrition santé (2018-2021). Celle-ci préconise également de cuisiner le plus possible avec des produits bruts, en favorisant les produits de saison, locaux et si possible bio. Autre nouveauté, l’agence conseille de manger chaque jour une poignée de fruits à coque non salés. Enfin, c’est désormais 2 produits laitiers par jour et, pour l’alcool, au maximum 2 verres au quotidien, en évitant d’en consommer tous les jours.
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